Les premières montagnes des Alpes du Sud (Moyen-Verdon, Vaïre, Var, Monges) au substrat calcaire, aux températures chaudes, souffrent
structurellement du manque d’eau. Le manque de ce précieux liquide sur ces
alpages est un handicap majeur tant pour les bêtes que pour les bergers. En effet, sur de nombreux alpages, les seuls
points d’eau se trouvent à plusieurs kilomètres de marche, souvent dans les
vallons. L’abreuvement du troupeau devient une épreuve pour les bêtes et pour
celui ou celle qui les accompagne. Les sècheresses estivales récurrentes nous
rappellent, s’il est encore nécessaire, que les herbivores ont besoin d’eau. Ce
besoin croît avec la déshydratation des végétaux qu’ils consomment. Ainsi, sur
des pelouses très sèches, des brebis vont boire jusqu’à 4 litres par jour chacune.
Dans les mêmes conditions de sècheresse, une vache allaitante absorbera en
moyenne 60 litres
par jour. L’eau est un élément très important pour la rumination et
l’assimilation des nutriments. En ce sens, l’eau conditionne directement les
performances zootechniques.
Abreuver
les troupeaux préoccupe l’homme de très longue date. Pour preuve, les ayguiers (cabanons en pierres sèches coiffant une citerne alimentée par la
toiture) du Luberon lieu de plusieurs
siècles, quant aux « lavognes » (dépressions
naturelles imperméabilisées par de l’argile pour retenir l’eau de pluie) du Larzac, elles remonteraient au moins au 1er
siècle avant J-C. Avec les impluviums pastoraux, le principe reste le même,
seuls les matériaux, les moyens et la technique changent : on creuse un
bassin imperméabilisé par une bâche destiné à stocker le volume d’eau de pluie
nécessaire à satisfaire les besoins du troupeau. Ces équipements se
multiplient : une quinzaine dans le Moyen Verdon, le pays d’Annot, et les
Monges et 3 supplémentaires en cours de réalisation. Le prix moyen d’un
impluvium se situe autour de 20.000 € TTC (très variable suivant
les travaux de
terrassement à réaliser).
Si
ces impluviums peuvent abreuver des animaux, leurs eaux sont en revanche
impropres à la consom-mation humaine. Ainsi, bien souvent la corvée d’eau pour
la bergère ou le berger est encore plus difficile à résoudre. Lorsqu’une source
se trouve plus haut que la cabane, quand bien même à plusieurs centaines de
mètres, il suffit de poser des tuyaux pour l’amener à la cabane par gravité.
Mais lorsque celle-ci est en contrebas, tout se complique. Heureusement le
développement récent de pompes fonctionnant à partir d’électricité
photovoltaïque ouvre de nouvelles possibilités dans des conditions in-envisageables
jusqu’il y a peu. C’est ainsi que cette année, un nouveau pas a été franchi par
l’installation de trois pompes photo-voltaïques
permettant de remonter de l’eau jusqu’aux cabanes et d’alimenter des
abreuvoirs sur des dénivelés croissants : 50 m. pour 1200 m. de linéaire de tuyau
sur la Montagne
de Maurel (commune de La Mure-Argens), 80 m.
avec 600 m.
de tuyau à Bernardez (commune de Méolans-Revel), enfin 250
m. de dénivelé pour un linéaire de 800 m sur l’alpage du Teillon
(commune de La
Garde). Les
éleveurs, les bergers, et les brebis sont ravis ! Des projets qui nous
rappellent qu’en Provence, l’eau n’a pas de prix !